Qu'importe, puisque j'y crois !
"Pendant que tu négliges la femme qui t'aime, un autre lui parle. Pendant que tu oublies de lui dire qu'elle te manque, un autre souhaite la voir. Pendant que tu la fais espérer, un autre la fait rêver. Et quand tu reviens, désolé mais elle n'est plus la tienne mais plutôt la sienne. Un trésor ne se néglige pas".
Elle
a envie de crier. De taper. De se rouler par terre. De fondre en
larmes. D'hurler. Hurler. Hurler tout haut ce qu'elle souffre tout
bas depuis des mois. D'avoir à l'autre bout du fil quelqu'un qui
pourrait la consoler. Elle aimerait que, pour une fois, quelqu'un
croit en elle. Se rende compte de ses sacrifices et de l'origine de
ses cernes mauves sous le coeur. De l'importance que cela peut
représenter pour elle et des obstacles qui l'en sépare car elle,
contrairement à tant d'autres, part de loin, part de rien. Elle
s'écroule lentement sous le vent de Lynda, sa meilleure compagne de
ses soirées de blues. Parce que cette Lynda-là, elle a toujours les
meilleures chansons pour parler à sa place ! Peut-être même
quelques notes éléctro-sucrées de sa lolita d'adolescence. C'est
comme ça de toute façon. Non, pas de Mines pour elle, mais quand
même ... C'est pas comme si ... Bon sang ! Jamais elle ne s'y est
vue si près et pourtant rarement elle s'est sentit aussi
incertaine. Elle a envie de l'appeler. Mais si elle pleure, il va
la traiter de gamine. Une fois de plus. Et il la quittera, pour de
vrai cette fois. Et si c'était un mal pour un bien ? Finalement ...
Elle le déteste de se méprendre sur son compte. De ne pas la croire
sur paroles. Elle le déteste de s'occuper de son bateau plus que
d'elle. De la laisser invisiblement s'endormir sur ses genoux
pendant qu'il navigue. Elle voudrait bien que lui aussi ait l'air
de croire un peu en elle. Au moins de s'y intéresser pour de vrai.
Elle le déteste mais, putain, qu'est-ce qu'elle attend ses bras !
A-t-il compris qu'elle attend, non, qu'elle a besoin, de preuves ?
Pas de restos ; des vraies preuves ... Le bouquet de fleurs offert
un soir, comme ça, pour que les cernes pétillent. La caresse sur la
joue qui voudra tout dire. Et peut-être, surtout, la présentation
qui dira tout sans parler. La pluie, le vent et toujours ce sale
accent. G. J. R. Presque. Non, pas encore. Recommence. R. J. RR. X.
Ces trous de mémoire. Avec quatre énormes cartons à retenir, mais
qu'ils viennent donc oser lui dire droit dans les yeux que son
terrain est un jeu d'enfant ! Ma plume, de l'encre, ce besoin
d'écrire, il est là, rarement aussi proche, jamais bien loin, il
est là, il revient, lui qui m'avait quitté, presque oubliée, lui
aussi il m'avait à demi abandonnée. Partir loin, partir de loin,
pour arriver au champagne. Regardez la vérité en face. Non, je n'ai
pas les moyens de refaire ma garde robe à ma taille, il faudrait
pourtant, ni de m'offrir des cocotiers pour quelques jours de
bronzage. Pas d'expériences complètement hors du commun. Pas de
rencontre au pays des kangourous. Pas de dauphin ni d'élan. Même
pas de neige d'ailleurs. Mais j'ai un cahier qui renferme
probablement plus de rêves que n'importe qui. Guérir, vite, merde,
me libérer enfin de ses douleurs envahissantes ! Le médecin dit que
ce n'est pas grave. Qu'on trouvera. Que les rêves sauvent et que je
suis plus forte que tout, que vous. Thomas aussi le dit. Max le
dira. Nath rigolerait. Benco en aurait marre. Mon chat me regarde
fixement. Chrystelle doit penser que je suis folle à lier. Pourtant
ces derniers-temps, elle ne le sait pas, mais c'est à peu près la
seule personne qui me rattache un tant soit peu au monde extérieur.
Ce qui est flippant, c'est que je dois rapidement m'autocensurer de
peur de m'épancher de trop et de revivre une sorte de
correspondance similaire à celle, si incroyablement courte mais
tellement intense, avec mon "amérindien". Celui du café sans café,
vous vous souvenez ? Ouè, heureusement qu'on rencontre parfois des
personnes qu'on aura envie de revoir. Au revoir. Cervantés
m'appelle. Me rappelle. A l'ordre. Je suis têtue ... le sang breton
? ou les traits arméniens ? Sacré mélange, tu parles d'une marmotte
toi ! Elle se gavera donc de quelques bonbons multicolores avant de
retrouver ses fiches, son ordinateur, son dossier, ses Olvidados et
ses cernes, qui se creuseront encore un peu plus, jusqu'à pleurer
du champagne, pour de vrai, pour de bon ! C'est maintenant !
Puisque, c'est bien vrai, tout va pour le mieux, dans le meilleur
des mondes ! Vis et vole. Toujours.
Décembre 2010.
Elle vient de se
lever. Fatiguée. Malgré la longueur de sa nuit. Ordinateur. Un
mail. Elle vacille à la vue de son nom. L'ouvrir. Le lire. Se
forcer à arrêter après quelques paragraphes. A respirer. Ouvrir la
fenêtre. L'air glacial vient la griffer ; elle l'ouvre un peu plus
grand encore. Le vide est sous ses yeux. Elle entend miauler,
baisse le regard. Le chat, son chat. Son cri l'exaspère alors qu'il
l'aurait attendri la veille. Le regard, le vide. Regard vide. Elle
ne voit plus rien. Le paysage est plein de brouillard, mais
n'est-ce pas plutôt les larmes ? Elle sanglotte comme une petite
fille qu'on aurait privée de dessert. Sa lecture reprend. Les mots
dansent devant ses yeux, les lignes aussi. Plus rien n'est clair,
ou tout ne l'est que trop. Son coeur sort, éclate. Elle tremble.
Elle n'a jamais eu aussi froid, son corps entier réclame un peu de
chaleur. Elle tremble ne sait plus ce qu'il se passe, ses yeux se
ferment, ses mains s'agitent. Elle hurle contre son chat qui vient
vers elle. Cette fois encore. Puis l'attrape dans ses bras, cale sa
tête contre sa fourrure et pleure à chaudes larmes. Sa petite
langue vient tenter de les sécher. Elle cogne dans le mur. Trop
résistant. Elle se fait juste très mal. Tant pis, tant mieux. Les
paragraphes dansent, le chat miaule à la mort, il a peur, il a peur
d'elle, elle l'effraie, elle devient incontrôlable, les sanglots la
déforment, un robot, qui manque d'huile. Elle tremble, non, elle
grelotte. Elle claque des dents. Un pull, vite. Un autre. Lecture.
La signature est là. Froide. Chaude. Elle a froid. Elle sent la
fièvre monter. Elle tremble. The end.
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